On parle beaucoup de style photographique et assez peu de ce qui le détermine réellement. Sur un mariage, le style d’un photographe est en grande partie dicté par la lumière disponible, et cette lumière dépend du bâtiment.
Trois familles de lieux dominent dans le nord de l’Île-de-France et le sud des Hauts-de-France. Elles produisent trois rendus très différents, et aucun n’est meilleur que les autres.
Le château
Grandes ouvertures, plafonds hauts, pièces en enfilade. La lumière entre latéralement et traverse plusieurs salles, ce qui donne des dégradés très marqués : un visage éclairé côté fenêtre, une pénombre profonde de l’autre côté. C’est flatteur, très cinématographique, et cela impose de placer les gens plutôt que de les suivre.
La cour d’honneur pose le problème inverse, avec une lumière du zénith violente en plein été. Les couples qui ont visité des reportages réalisés à Chantilly et Senlis, comme ceux que publie , remarquent souvent que les portraits extérieurs y sont pris tard, en fin d’après-midi, quand les façades renvoient une lumière chaude et diffuse.
La ferme rénovée
Charpente apparente, murs clairs, larges baies posées lors de la rénovation. C’est le lieu le plus facile en photo, et le plus régulier. La lumière est abondante, uniforme, et pardonne beaucoup.
Le revers, c’est l’uniformité justement. Les images se ressemblent d’un mariage à l’autre si le photographe se contente de ce que le lieu offre. Il faut aller chercher les extérieurs, les abords, les chemins, pour que le reportage ait une identité.
L’orangerie et la verrière
Le plus exigeant des trois. Une verrière donne une lumière superbe pendant deux heures et devient un four à midi, puis un aquarium noir dès la nuit tombée, avec des reflets partout. Les cérémonies laïques y sont splendides en fin de journée et compliquées à quinze heures.
Le passage jour-nuit y est le plus brutal de toutes les configurations. C’est typiquement le lieu où l’on repère la différence entre un photographe qui connaît l’endroit et un photographe qui le découvre.
Ce que ça change concrètement
Rien d’insurmontable dans aucun des trois cas. Mais l’ordre des séquences, lui, doit s’adapter. Cérémonie tôt et portraits tard dans un château. Portraits n’importe quand dans une ferme. Cérémonie tard dans une orangerie, et prévoir un éclairage discret pour la soirée.
Un déroulé recopié d’un blog générique ignore ces contraintes. Un déroulé construit avec le photographe et le lieu en tient compte, sans coûter un euro de plus.
Le cas particulier des cérémonies laïques
Elles ont déplacé le problème. Une cérémonie religieuse se tient à heure fixe, dans un bâtiment que personne ne choisit pour sa lumière. Une cérémonie laïque se cale où l’on veut et quand on veut, ce qui donne une liberté que peu de couples exploitent.
L’erreur la plus fréquente consiste à installer les chaises face au soleil. Les invités plissent les yeux pendant quarante minutes, les mariés sont à contre-jour, et les photos de l’échange des consentements sont les plus difficiles de la journée. Tourner l’axe de quatre-vingt-dix degrés ne coûte rien et règle tout.
Le second réflexe utile est de laisser un couloir d’un mètre cinquante sur les côtés. Sans lui, le photographe reste bloqué au fond de l’allée centrale et toutes les images se ressemblent.
Le critère qui reste
Choisissez le lieu que vous aimez. La lumière s’organise, l’attachement à un endroit ne se fabrique pas. Il suffit d’en parler assez tôt pour que la contrainte devienne une intention.
